AUDITION CITOYENNE DES CANDIDAT•ES A LA MÉTROPOLE DE LYON

GESTION DE L’EAU DE LA MÉTROPOLE DE LYON

Suite au Village de l’eau qui s’est tenu le 1° février à Villeurbanne à l’invitation d’Eau Bien Commun, un certain nombre de questions a été posé aux candidat-es présents sur la future gestion de l’eau de la Métropole de Lyon.

 


Comment préserver et valoriser les zones humides menacées, y compris celles de petite taille qui ne sont pas protégées par la loi sur l’eau ? Comment inverser la tendance de l’imperméabilisation des sols ? Comment améliorer la qualité de l’eau de notre fleuve et nos rivières ?


Eric Lafond
(Liste Les Centristes, 100% citoyens) :

Il nous faut avoir une stratégie de débitumisation. Pour prendre un exemple concernant le réaménagement de la rue Garibaldi, nous avions milité pour qu’on profite de ce projet pour collecter les eaux de pluie et arroser avec les espaces verts prévus. C’est ce type de stratégie qu’il faut étendre à tout le territoire.
A Lyon, on nettoie les rues avec de l’eau potable. Il y a un enjeu fort de créer des réseaux secondaires, il faut recycler cette eau et s’en servir pour moins tirer sur l’eau potable.

Emmanuel Buisson
(Liste Ensemble avant tout ! de D. Kimelfeld) :

Pour agir sur les questions de l’eau, de l’imperméabilisation des sols, des zones humides, il faut déjà commencer par mieux les connaître. On a beaucoup progressé sur cette connaissance depuis 2014, avec la création d’une autorité administrative de l’eau potable, il faut l’amplifier. La deuxième chose, pour améliorer la qualité et la quantité de la ressource, c’est de mieux consommer l’eau. On proposera pour cela une tarification progressive de l’eau.
Enfin, avec une stratégie forte de développement des transports publics, et en renonçant aux stratégies urbaines qui conduisent à toujours plus d’étalement urbain, on a aussi un impact important sur l’eau.

Nathalie Perrin-Gilbert
(tête de liste « Lyon En Commun ») :

Sur les zones humides, il faut faire un inventaire de la biodiversité et mettre en place un plan pour leur sauvegarde. Dans le 1erardt nous avons mis en place un plan de préservation de la biodiversité et nous pensons qu’il faut étendre cette démarche. Il peut y avoir des acquisitions foncières à mener pour préserver ces zones.
Nous nous sommes engagés pour mettre en place une pause dans le développement urbain, stopper les grands aménagements qui aboutissent à la fois à de la densification et à de l’étalement urbain, et nous avons été les seuls à ne pas avoir voté le PLUH qui consacrait ce modèle urbain de G. Collomb qui place en priorité le « rayonnement ».


« Dans le 1erardt nous avons mis en place
un plan de préservation de la biodiversité et
nous pensons qu’il faut étendre cette démarche. »


Il faut aussi agir sur la commande publique pour la fourniture des repas dans nos cantines et aider la filière agricole paysanne à y répondre.
Pour la qualité des eaux souterraines, il faut travailler avec les entreprises et assurer un meilleur contrôle des rejets.

Bruno Bernard
(tête de liste « Maintenant la Métropole pour nous – Les écologistes ») :

Il faut d’abord sanctuariser les zones naturelles et zones humides, toujours « variables d’ajustement », et aussi les restaurer. Il faut éviter les projets inutiles du type du barrage à Francheville alors que des solutions d’élargissement de l’Yzeron existent. Et puis il faut enlever du bitume ! et s’il faut quand même en mettre, il y a maintenant des bitumes qui permettent l’infiltration.
Sur la qualité des eaux : il n’y a aujourd’hui que 6% des exploitations agricoles en bio dans la Métropole. Il nous faut garantir des débouchés à cette agriculture bio dans les cantines, aller vers des productions moins consommatrices d’eau. L’enjeu n°1 est bien la préservation de la ressource. Il faut bannir les pesticides sur tout le territoire métropolitain, proposer du compost bio pour le jardinage chez les particuliers, rajouter de la végétation sur les champs captants …

Renaud Payre
(tête de liste « la gauche unie ») :

Concernant l’ensemble de ces questions, c’est le type d’urbanisme, le type de développement qu’il faut questionner. Pour toutes les questions qui ont trait à l’eau, nous sommes pour passer à une démarche intégrée, et rompre avec une approche ancienne qui sectorisait l’eau. Il ne suffit pas d’avoir une autorité organisatrice pour cela.
Un autre défi sera de diversifier notre ressource et les zones de partage. Le fait que nous ne dépendions que d’une seule zone crée des risques, y compris de sécurité. Il faut chercher une diversification vers d’autres zones, peut-être vers le Val de Saône, et voir avec les syndicats des eaux voisins.


Pour toutes les questions qui ont trait à l’eau, nous sommes
pour passer à une démarche intégrée,
et rompre avec une approche ancienne qui sectorisait l’eau.


Nous proposons un Comité métropolitain du climat, de l’eau et de la biodiversité, qui associe les usagers, les services, les élus, y compris les élus municipaux. Car l’eau doit faire partie du Pacte Métropolitain que nous proposerons aux communes dès le début du mandat.

 

 


Alors que le choix du mode de gestion apparaît comme beaucoup plus politique que technique, quelle position comptez-vous prendre sur le retour en régie pour l’eau potable de la Métropole ? 


Emmanuel Buisson
(Liste Ensemble avant tout ! de D. Kimelfeld) :

Il y a de très bonnes régies et de très mauvaises DSP, il y a aussi de mauvaises régies et de bonnes DSP. Dire que tout est réglé par ce choix est faux. On a un principe de responsabilité qui est de fournir la meilleure eau au tarif le plus juste et de qualité optimale. Si pour cela passer en régie s’avère meilleur, c’est ce qu’il faudra faire. Une des raisons qui plaide en ce sens n’est pas tant celle du tarif (qu’on maîtrise déjà beaucoup mieux) que celle de la sécurisation de la production dans cette période de changement climatique.
La position de David Kimelfeld est en 2 temps : D’abord ouvrir le jeu sur cette question, en évitant un « passage en force » en 2019 ; on laisse le soin à la 1ère majorité issue de l’élection métropolitaine au suffrage direct de prendre une décision. On verra maintenant comment une majorité peut être construite sur cette question.

Nathalie Perrin-Gilbert
(tête de liste « Lyon En Commun ») :

Nous nous prononçons pour une régie publique très clairement et sans hésitation, parce que l’eau est un bien commun qui ne doit pas être géré comme une marchandise par une multinationale dont les objectifs sont de faire des profits et rémunérer ses actionnaires. En 2012, j’ai fait partie des rares élu-es qui ont voté contre le renouvellement de la DSP. Récemment j’ai posé la question à la Commission permanente qui a voté un marché de 200000 € à un cabinet privé pour s’assurer que Veolia respectait bien le cahier des charges, alors qu’on nous a vendu une « autorité organisatrice » censée faire ce travail. J’ai l’impression que le cabinet est mandaté pour préparer un cahier des charges d’une nouvelle DSP, et que des choses sont déjà jouées en partie…


« Oui il faut une démarche intégrée pour l’assainissement
comme pour l’eau potable qui doit passer en régie
comme cela a été fait à Paris, Grenoble… »


Il faut rendre les premiers m3 qui permettent la dignité de la personne gratuits, et ensuite une tarification progressive, plus on consomme plus on est taxé.
Pour sécuriser la ressource il faut diversifier la source de production ; il faut aussi qu’on soit beaucoup plus actifs sur les moyens d’agir sur nos réseaux.

Bruno Bernard
(tête de liste « Maintenant la Métropole pour nous – Les écologistes ») :

Clairement, oui, nous sommes pour la régie publique pour la production et la distribution de l’eau. C’est une position simple, et déjà historique. En 2012, nous avons été parmi les 18 élus sur 153 à voter pour la régie publique. C’est une question philosophique : l’eau est le bien commun le plus précieux, ça ne se discute pas.
Sur le tarif, il faut qu’on avance vers une tarification sociale et progressive, visant les premiers m3 gratuits, et visant à limiter la surconsommation.

Renaud Payre
(tête de liste « la gauche unie ») :

Nous souhaitons le retour en régie de la production et la distribution de l’eau, aucun doute pour nous. Pour 2 raisons : d’abord pour une raison politique : c’est un bien commun qu’on ne peut pas régler par le marché. Et puis par position de responsabilité, car nous sommes face à des défis sans précédent concernant l’eau, et nous devons maîtriser l’expertise qui nous échappe en partie.


« Nous sommes aussi pour une tarification sociale et écologique,
avec les premiers m3 gratuits (la consommation vitale). »


Il nous faudra être précis sur des tarifications spécifiques nécessaires pour certains gros consommateurs : des établissements publics, des hôpitaux… Enfin, nous mettrons la question de l’eau comme un élément majeur dans le Pacte métropolitain avec les 59 communes (c’est notamment la question des fontaines, la question des bains-douches) …

Eric Lafond
(Liste Les Centristes, 100% citoyens) :

Pour les habitants la préoccupation majeure ce n’est pas régie ou DSP. Ce qui nous semble important c’est la question de la transparence. Aujourd’hui l’assainissement est en régie, mais quand on discute avec des entreprises qui travaillent dans le réseau, ils nous disent que celui-ci est en état médiocre, voire plus que médiocre. Il est fort probable que, comme dans le cas de la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères, la Métropole ne dépense pas tout ce qu’elle devrait dépenser pour investir dans le réseau. La transparence doit être complète.
Le travail des élus, c’est d’abord de chercher les infos, et ensuite seulement on pourra débattre des sujets connexes comme la tarification. Par exemple qui sait ce qu’il y a derrière l’abonnement ? Le critère central est celui-là : la transparence.

 


De nouvelles formes de participation citoyenne dans la gestion du cycle de l’eau nous paraissent à la fois utiles et souhaitables. Y seriez-vous favorable et quelles formes pourriez vous envisager ?


Nathalie Perrin-Gilbert
(tête de liste « Lyon En Commun ») :

Un des avantages de la régie publique est qu’elle puisse permettre un contrôle citoyen du cycle de l’eau. Avec un 1er étage qui est le droit à une information transparente. Et un 2ème niveau qui est un droit de cogestion. Je suis prête à m’engager dans cette voie. On a 2 ans pour écrire les contours qu’on pourrait donner à cette régie. Pourquoi ne pas s’appuyer sur un modèle coopératif avec des collèges (élus, services, citoyens et associations) où tous seraient à égalité afin d’échapper à la seule gestion par les services et les élu·es.
J’aime m’appuyer sur le 1er arrondissement où on a mis en place un Conseil Territorial qui permet aux habitants de siéger aux côtés des élu·es, même si dans le cadre de la loi PLM on en reste au pouvoir d’interpellation des élu·es, avec obligation de ceux-ci à répondre. Je suis prête à expérimenter au-delà.

Bruno Bernard
(tête de liste « Maintenant la Métropole pour nous – Les écologistes ») :

Si l’eau peut être une question à part, la question démocratique est transversale. Même s’il ne faut pas se cacher les difficultés, si c’est difficile au niveau d’un arrondissement, ça l’est encore plus au niveau de la Métropole. Mais je suis ouvert à toutes les idées. On peut créer des comités d’usagers. On peut aller vers des budgets participatifs. On peut créer des jurys (et sur l’eau c’est sans doute le bon moyen).
Mais ça va être très court, sauf à prolonger Veolia sur un an ou deux, il faut aller très vite. Mais un jury citoyen sur la seule question de la tarification sociale et progressive (est-ce 5, 10 m3 gratuits, etc) c’est possible : on peut avec un jury d’une cinquantaine de personnes trouver la meilleure solution.

Renaud Payre
(tête de liste « la gauche unie ») :

Un élément qui rejoint la 1ère question est celui de l’expertise. On peut avoir à la fois une approche intégrée, et aussi inventer au sein de la Métropole une instance qui soit ouverte aux usagers, aux services, aux élus métropolitains (dont ceux d’opposition) mais aussi aux représentants des municipalités. C’est ce que nous proposons avec un Comité métropolitain eau / climat / biodiversité.


« Nous proposons un Comité métropolitain eau / climat / biodiversité. »


On l’annonce mais nous avons besoin de l’expertise des collectifs et associations qui ont déjà travaillé sur le sujet. Cela ne remettrait bien sûr pas en cause les quelques dispositifs d’association des usagers déjà existants, mais c’est beaucoup plus large.

Eric Lafond
(Liste Les Centristes, 100% citoyens) :

Cette question éclaire en toile de fond le procès des formes démocratiques actuelles. Quand on parle de concertation nos concitoyens sont plus que sceptiques. Ceux qui ont essayé ont le sentiment que ça n’a servi à rien, et les autres pensent que ce sont des « machins » inutiles. La réceptivité à ce type de proposition est quasi nulle.
Evidemment qu’il faut impliquer les associations. Mais il faut aussi des élus beaucoup plus impliqués, des Vice-Présidents qui ne cumulent pas les mandats.


« C’est un mensonge de dire que des élus peuvent
assumer diverses fonctions en même temps. »


Il faut des élus clairement identifiés sur une compétence, qui ont en charge de transmettre les infos aux citoyens. La transparence sera possible si on a des élus impliqués et des outils pour associer plus largement les citoyens.

Emmanuel Buisson
(Liste Ensemble avant tout ! de D. Kimelfeld) :

Sur la question de la transparence il y a des choses très simples. Sur la sensibilisation du plus grand nombre la Métropole a des leviers avec les collèges et l’implication des collégiens. Il y a des choses à faire pour l’accès à des compteurs individuels (plus de la moitié des gens ont des compteurs collectifs et ne se sentiront pas concernés par des tarifs progressifs). Et si on veut passer à une régie dès 2022, il va être difficile de mettre en place des dispositifs amont de consultation approfondie. Par contre on peut accompagner ce processus avec les outils de participation citoyenne que nous comptons mettre en place à la Métropole.
On peut imaginer par exemple une consultation citoyenne sur la tarification de l’eau, c’est beaucoup plus rapide à mettre en place. Plus généralement, on est porteurs de l’idée de jurys citoyens par circonscription, plus que par thème : 14 jurys citoyens sur les 14 circonscriptions. Car la Métropole, il va falloir la faire vivre politiquement.


Eric Lafond
Liste Les Centristes, 100% citoyens
http://www.eric-lafond.fr/

David Kimelfeld
Liste Ensemble avant tout !
https://dk2020.fr/

Nathalie Perrin-Gilbert
tête de liste « Lyon En Commun »
https://www.lyonencommun.fr/

Bruno Bernard
tête de liste « Maintenant la Métropole pour nous »
https://metropolepournous.fr/

Renaud Payre
tête de liste « la gauche unie »
https://lagaucheuniemetropolelyon.fr/

mars 11, 2020

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